Citation:
(...) Mais comment parvenir à divertir les gens quand certains se complaisent au malheur alors que d’autres se complaisent au bonheur(...)Cette prise de position en faveur du bonheur marque une rupture avec la tendance fataliste de certains poètes qui se font des prophètes du malheur(...)La fatalité est une ruine pour l’individu. C’est une tendance par laquelle l’homme vieillit.Chaque jour de tristesse est un jour qui se soustrait de la vie. Donc on peut parler d’un romantisme négatif.
(...)Le romantisme négatif s’annonce avec Jean Jacques Rousseau pour se généraliser notamment avec Alphonse de Lamartine ,Victor Hugo et Alfred de Musset.
Dans une ode tirée du cantique d’Ézéchias pour une personne convalescente Rousseau a écrit :
J’ai vu mes tristes journées
décliner vers leur penchant,
au midi de mes années
je touchais à mon couchant
Mon dernier soleil se lève
et votre souffle m’enlève
de la terre des vivants
comme la feuille séchée
qui de sa tige arrachée
devient le jouet des vents
Ainsi des cris et d’alarmes
mon mal semblait se nourrir
et mes yeux noyés de larmes
étaient lassés de s’ouvrir
Bonjour Edpoète !
Décider d'écrire en faveur du bonheur ne peut être que louable et on ne peut-être que daccord contre la soumission au négatif. Il est une chose d'accepter ce qui nous arrive et une autre que de s'y complaire effectivement.
Cependant, pour argumenter ton propos, tu cites et transcris Rousseau en premier lieu avec une transversalité qui me paraît être un raccourci ( si je peux permettre ) car sortie de son contexte.
Au risque d'être un peu long pour celles et ceux qui nous liront, écoutons l'intégrale de cette ode " inspirée " effectivement du cantique du roi Ezéchias et du texte de référence lui-même écrit par le prophète Esaïe : ( je souligne en gras ce qui viendra illustrer mon propos )
Rousseau :
J'ai vu mes tristes journées
Décliner vers leur penchant ;
Au midi de mes années
Je touchais à mon couchant :
La Mort, déployant ses ailes,
Couvrait d'ombres éternelles
La clarté dont je jouis ;
Et, dans cette nuit funeste,
Je cherchais en vain le reste
De mes jours évanouis.
Grand Dieu, votre main réclame
Les dons que j'en ai reçus ;
Elle vient couper la trame
Des jours qu'elle m'a tissus :
Mon dernier soleil se lève
Et votre souffle m'enlève
De la terre des vivants,
Comme la feuille séchée,
Qui, de sa tige arrachée,
Devient le jouet des vents.
Comme un lion plein de rage,
Le mal a brisé mes os ;
Le tombeau m'ouvre un passage
Dans ses lugubres cachots.
Victime faible et tremblante,
A cette image sanglante
Je soupire nuit et jour ;
Et, dans ma crainte mortelle,
Je suis comme l'hirondelle
Sous les griffes du vautour.
Ainsi, de cris et d'alarmes,
Mon mal semblait se nourrir ;
Et mes yeux, noyés de larmes,
Etaient lassés de s'ouvrir.
Je disais à la nuit sombre :
Ô nuit, tu vas dans ton ombre
M'ensevelir pour toujours !
Je redisais à l'aurore :
Le jour que tu fais éclore
Est le dernier de mes jours !
Mon âme est dans les ténèbres,
Mes sens sont glacés d'effroi :
Ecoutez mes cris funèbres,
Dieu juste, répondez-moi.
Mais enfin sa main propice
A comblé le précipice
Qui s'entr'ouvrait sous mes pas :
Son secours me fortifie,
Et me fait trouver la vie
Dans les horreurs du trépas.
Seigneur, il faut que la terre
Connaisse en moi vos bienfaits :
Vous ne m'avez fait la guerre
Que pour me donner la paix.
Heureux l'homme à qui la grâce
Départ ce don efficace,
Puisé dans ces saints trésors ;
Et qui, rallumant sa flamme,
Trouve la santé de l'âme
Dans les souffrances du corps !
C'est pour sauver la mémoire
De vos immortels secours ;
C'est pour vous pour votre gloire,
Que vous prolongez nos jours.
Non, non, vos bontés sacrées
Ne seront point célébrées
Dans l'horreur des monuments :
La Mort, aveugle et muette,
Ne sera point l'interprète
De vos saints commandements.
Mais ceux qui de sa menace,
Comme moi, sont rachetés,
Annonceront à leur race
Vos célestes vérités.
J'irai, Seigneur, dans vos temples,
Réchauffer par mes exemples
Les mortels les plus glacés,
Et, vous offrant mon hommage,
Leur montrer l'unique usage
Des jours que vous leur laissez. Et maintenant Esaïe
Esaïe 38,10-20 : "Je disais : au milieu de mes jours, je m'en vais. J'ai ma place parmi les morts pour la fin de mes années. Je disais : je ne verrai pas le Seigneur sur la terre des vivants, plus un visage d'homme parmi les habitants du monde! Ma demeure m'est enlevée, arrachée, comme un tente de berger. Tel un tisserand j'ai dévidé ma vie, le fil est tranché. Du jour à la nuit, tu m'achèves, j'ai crié jusqu'au matin; Comme un lion, tu broies tous mes os. Du jour à la nuit, tu m'achèves. Comme l'hirondelle je crie, je gémis comme la colombe. A regarder là-haut, mes yeux faiblissent. 'Seigneur, sois mon soutien!' Que lui dirais-je pour qu'il me réponde, à lui qui agit ? J'irais au long de mes années avec mon amertume. Le Seigneur est auprès d'eux, ils vivront! Tout ce qui vit en eux, vit de son esprit!
'Oui, tu me guériras, tu me feras vivre: mon amertume amère me conduit à la paix. Et toi, tu t'es attaché mon âme, tu me tires du néant de l'abîme. Tu as rejeté derrière toi tous mes péchés. La mort ne peut te rendre grâce, ni le séjour des morts te louer. Ils n'espèrent plus ta fidélité ceux descendent à la fosse. Le vivant, le vivant, lui te rend grâce, comme moi aujourd'hui. Et le père à ses enfants montrera ta fidélité. Seigneur, viens me sauver!' Et nous jouerons sur nos cithares tous les jours de notre vie, auprès de la maison du Seigneur". Au-delà de l'aspect spirituel des textes, il me semble qu'ils tirent plutôt vers le haut...Plus qu'ils ne se complaisent dans les souffrances...Il y a un temps pour crier ou exprimer ses maux ( les thérapeutes le disent aussi, il n'y a rien de pire qu'un mal qui se tait ) et là aussi un autre temps pour s'en affranchir et espérer en un mieux ou un renouveau dans son existence. Dés lors, l'écriture fait également partie intégrante du malheur comme du bonheur...Dailleurs n'est-ce pas ces deux pôles qui activent ou dynamisent l'acte d'écrire ?
Donc, selon moi, et dans l'exemple précis de ces textes, j'ai beaucoup de difficultés à croire en " un romantisme négatif ".
Ceci-dit, j'aime beaucoup ce que tu écris...